A celle qui est trop gaie - Les Fleurs du Mal

Année de parution : 1857
Catégorie : Poésie

Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t'aime !

Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J'ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein ;

Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j'ai puni sur une fleur
L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur !
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma soeur !

Vos commentaires :


Commentaire de : Sophie
Le 28 Avril 2006

On peut voir que le poème s'organise autour du vers-pivot "je te hais autant que je t'aime".

Les quatre strophes qui précèdent sont la description de la femme aimée (et haïe), ensuite en a un changement de ton est l'auteur évoque le souvenir d'une agression de la nature (à travers une fleur) et il fantasme sur une agression de la femme qu'il aime et hais.

Baudelaire avait démenti le fait que les deux dernières strophes penchaient vers "la débauche", on peut donc croire qu'il y a une toute autre explication : le narrateur, très mélancolique, voudrait transmettre son mal-être à la femme qu'il admire, elle est gaie alors qu'il est triste (et malade).

Son venin serait donc son mal-être; et il chercherai à le lui transmettre afin qu'elle devienne sa moitié; d'où la mention "ma soeur" à la fin...

Commentaire de : Yasmine
Le 19 Mars 2006

Met en relièf son admiration pour sa muse.

Il est en même temps épris et fasciné par elle autant qu'il la hait et ne cesse de le dire, sa blessure n'étant pas tout à fait guérie.

Ainsi, il voudrait la voir ou la toucher pour autant de raisons aussi contradictoires et opposées les unes que les autres : pour l'admirer, pour l'aimer, pour la meurtrir, pour lui faire autant de peine qu'elle lui a fait,...


Biographie de Charles Baudelaire

Charles Beaudelaire est né à Paris. Dandy, Baudelaire Fils d'un peintre amateur attaché à l'administration du Sénat, il perdit son père de bonne heure et sa mère se remaria au colonel Aupick, plus tard maréchal de camp et ambassadeur de France à Constantinople, à Londres et à Madrid.


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