En frappant à une porte - Les contemplations- Livre VI

Année de parution : 1855
Catégorie : Poésie

J'ai perdu mon père et ma mère,
Mon premier né, bien jeune, hélas !
Et pour moi la nature entière
Sonne le glas.

Je dormais entre mes deux frères ;
Enfants, nous étions trois oiseaux ;
Hélas! le sort change en deux bières
Leurs deux berceaux.

Je t'ai perdue, ô fille chère,
Toi qui remplis, ô mon orgueil,
Tout mon destin de la lumière
De ton cercueil !

J'ai su monter, j'ai su descendre.
J'ai vu l'aube et l'ombre en mes cieux.
J'ai connu la pourpre, et la cendre
Qui me va mieux.

J'ai connu les ardeurs profondes,
J'ai connu les sombres amours;
J'ai vu fuir les ailes, les ondes,
Les vents, les jours.

J'ai sur ma tête des orfraies;
J'ai sur tous mes travaux l'affront,
Aux pieds la poudre, au coeur des plaies,
L'épine au front.

J'ai des pleurs à mon oeil qui pense,
Des trous à ma robe en lambeau;
Je n'ai rien à la conscience;
Ouvre, tombeau.


Commentaire :

Poésie proposée par Serge, le 25 Juin 2008


Biographie de Victor Hugo

Ses parents divorceront à la suite de l'arrestation chez sa mère du général Laborie, conspirateur et amant de celle-ci.
En 1815 il compose ses premiers poèmes. en 1817 il obtient une mention de L'Acadamie française, achève un opéra et une tragédie. En 1822 il épouse Adèle Foucher.


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