Suite Française

Année de parution : 2004
Catégorie : Roman

Résumé :

La première partie : "Tempête en juin" dépeint ce que fut l'exode : plusieurs familles dont les destins se croisent.

Les Péricand, bourgeois bigots et leur armée de domestiques : la mère, qui veut sauver les convenances et son argenterie ; le grand-père dont on oublie la présence mais pas l'héritage ; le fils qui rêve d'en découdre et dont l'héroïsme est inutile ; son frère, curé n'aimant pas les enfants, vite abandonné par Dieu et qui se fait lyncher par ses orphelins. Gabriel Corte, lui, est un écrivain hautain, égoïste, nombriliste, esthète, qui n'aime que ses bibelots, qui doit se colleter, au milieu des carrioles, des blessés et des morts, avec la faim qu'il découvre, la réalité qui l'effraie et la populace qui l'écoeure.

Il y a aussi une «poule» en disgrâce. Seuls quelques justes, comme Louise, la petite paysanne qui a quatre gosses et un mari au front, ou les Michaud, modestes employés tremblant pour leur fils, gardent leur innocence au milieu de «bons Français» devenus, à la faveur des événements, voleurs, tricheurs et parfois même assassins. Pendant quinze jours, la moitié du pays cherche l'autre moitié, force les portes pour trouver un toit ou du pain, dit des messes en souvenir de défunts qui ressurgissent parfois en pleine élévation. Des amours improbables se nouent.

La seconde partie : est consacrée à l'occupation du village de Bussy. Le premier Allemand arrivé, brute métallisée, devient bientôt bête curieuse, puis évidence quotidienne. Tenu ici à l'écart par une hostilité affichée, il finit par s'imposer là, malgré les interdictions, les pillages et l'ombre portée des deux millions de prisonniers, à force de correction et de galanterie, d'achats surpayés et de bonbons pour les petits.

La ruse paysanne finit par reconnaître à l'efficacité teutonne des droits, sans rien céder de sa défiance : "Ils partiront, en attendant faisons-les payer"...


Vos commentaires :


Commentaire de : Deashelle
Le 13 Juillet 2010

Suite Française Irène Némirowsky

Symphonie inachevée, la cathédrale a une nef et un chœur, ce sera tout. Mais que d’échos résonnent, que de voix murmurant la triste condition humaine, si fragile, dans ses vanités, sa mesquinerie, ses lâchetés, si dure dans son égoïsme et ses violences. En contrepoint, il y a la compassion, belle comme des fleurs de chemin, un été au zénith de sa gloire, des parfums envoûtants, de l’amour parfois…

Cette fresque du chacun pour soi et de la violence tapie en chacun de nous n’épargne aucun membre de la société, du banquier à l’auteur à succès, au collectionneur, aux pauvres, aux ouvriers, aux fermiers et commerçants hypocrites. Avarice, cupidité, les péchés capitaux font rage. Le meurtre est là : orchestré par une bande d’orphelins, le bouc émissaire est un prêtre jeune, beau, idéaliste et amoureux de la raison autant que de la grâce. Introduction musicale: avec l’assassinat de deux beaux lézards bleus et gris mis à mort pour rien et à la vitesse fulgurante de jets de pierre. Incompréhension.

Un magnifique chat pitre est consacré au chat Albert, et à ses jouissances perverses… . Cela rime avec... . Ni vraiment complaisante ni hargneuse, l’écriture classique est magnifique, au dessus de la mêlée, aristocratique, elle a la précision d’un entomologiste, le ravissement de planches botaniques, et la beauté d’esquisses musicales au parler fleuri. Certaines phrases sont de purs alexandrins. Toute une richesse langagière… un essai de confondre le mal absolu et révéler l’humanité ? Celle qui aussi est en chacun de nous.
Mais le livre est inachevé, comme la symphonie, et le troisième volet est indicible. Ainsi l‘a voulu le Destin.

Néanmoins, la deuxième partie porte un drôle de titre, Dolce… Dolce vita ? Il est vrai que la France ‘libre’ jouit d’un climat fort doux…et certains mangent encore des desserts. Mais les conditions de vie, la faim, les menaces perpétuelles de mort, les carnages, les rafles, tout cela passé sous silence ? Par peur du bolchevisme ? C’est trop pour moi. Quelle est cette rage de présenter l’envahisseur de façon si positive ? Et j’ose poser la question: L'auteur se cache-t-elle derrière une écriture collaboratrice pour éviter le pire ? La question est ouverte. Comment peut-elle feindre d'ignorer ce qui se passe depuis 1933?

"Les loups sont entré dans Paris, soit par Issy, soit par Ivry..." comme le chante Serge Reggiani des années plus tard car il se souvient. La ville d'Issy, justement, où a séjourné Irène Némirowsky. Manichéisme à rebours: regarder autour d'elle et dire que tous les français étaient pétainistes… et de toutes façons les seuls 'bons' me semble une profonde injure à tous ceux qui dans l’ombre ou dans la folie patriotique ont offert leur vie pour la liberté. Cela ne concorde absolument pas avec les récits de ma famille. Je frissonne à chaque fois que quelqu’un me dit : ils ont occupé la maison, mais ils étaient si corrects ! La guerre n’est pas correcte. L’agression et l’invasion sont effroyables, et le spectre du fascisme autant de la part des allemands nazis que des collaborateurs français est le mal personnifié, négation de la vie qu’il faut sans cesse débusquer…

Bien sûr même Irène Némirowsky n’a pas échappé aux fours crématoires… et c'est une tragédie atroce, mais le ton de la deuxième partie de son projet de livre m’étonne quand même et me laisse perplexe… Surtout quand on sait qu’elle était juive convertie au catholicisme par convenance à la veille de la guerre et collaboratrice à des journaux d’extrême droite pour assurer son ascension littéraire!

Ce livre aurait été honni à la sortie de la guerre, s’il avait été publié, mais peut-être qu’à force, on oublie…

Commentaire de : Jacqueline
Le 27 Janvier 2005

J'ai aimé ce beau livre à l'écriture ciselée.

Cette suite de tableaux dénote une observation précise et souvent cruelle de la réalité d'un peuple face à une situation insupportable.

Le regard critique porté sur tous ces personnages est amer, impitoyable, mais l'idée que l'auteur se sait menacée, écrit dans l'angoisse de ne pas finir, m'a donné un sentiment constant de malaise.

Je sais comment "l'histoire" se termine, alors qu'Irène Némirovsky ne le saura jamais. Ce sentiment m'a poursuivie tout le long de cette lecture.

Comment , dans ces conditions, reprocher à "Suite française" un manque de lien entre les différents récits et l'impression d'avoir affaire à une mosaïque et non de lire un véritable roman ?

Enfin, le jugement sur l'oeuvre ne peut pas être tout à fait libre quand on est pris à la gorge par ce gâchis humain et littéraire et qu'on imagine cette femme subtile et talentueuse dans l'horreur du monde concentrationnaire.


Biographie de Irène Némirovsky

Née en Ukraine dans une famille de la haute bourgeoisie juive de Kiev son père Léon, était un des plus riches banquiers de Russie. Elle a apprit le français avant de connaître le russe.


... (suite)

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